Paris. Librairie Plon. 1954, 1970. 324 p.
Denise Paulme resta jusqu'au terme de sa vie au service d'une discipline, l'anthropologie et son illustration muséographique, et d'un africanisme de terrain qui ne céda jamais au désenchantement. Le Musée de l'Homme, l'Afrique occidentale, l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) ont jalonné son parcours intellectuel, les étapes de son activité scientifique et les moments d'une existence qui leur fut entièrement consacrée. Elle avait un constant besoin d'Afrique, la volonté tenace de contribuer à la connaissance et à la reconnaissance des civilisations et des sociétés négro-africaines.
Dès 1927 elle reçoit une formation juridique, elle s'attache principalement à l'histoire du droit puis se spécialise dans l'étude des institutions du droit “primitif”. Cette orientation la conduit à l'Institut d'Ethnologie de l'Université de Paris, elle bénéficie de l'enseignement de Marcel Mauss, elle en tient un compte rendu dont elle effectuera plus tard l'édition sous le titre : Manuel d'ethnographie (1947). Elle admire le maître et adopte son exigence de minutie et d'érudition ethnographiques, sa méthode qui impose de donner à chaque objet, à chaque phénomène social, à chaque configuration culturelle son contexte.
En 1932, Denise Paulme obtient la Licence en droit et le Diplôme de l'Institut d'Ethnologie. Dès l'année précédente son enracinement professionnel s'accomplit, elle participe à la réorganisation du Musée d'Ethnographie du Trocadéro sous la direction de Paul Rivet et de Georges-Henri Rivière. Elle contribue à l'établissement du Musée de l'Homme, occupe un poste d'assistante du Museum national d'histoire naturelle, institution dont le musée dépend, elle y est chargée du Département Afrique noire en 1938. Elle est alors en relation de voisinage, d'affinité et d'amitié avec Michel Leiris.
En 1935, elle est membre de la mission Sahara-Soudan dont Marcel Griaule assure la direction, puis elle séjourne neuf mois chez les Dogon du Mali en compagnie de l'anthropologue et linguiste Deborah Lifchitz. Elle y recueille les matériaux de sa thèse de droit soutenue en 1940. Celle-ci, publiée et intitulée : Organisation sociale des Dogon de Sanga, est une référence majeure des études africanistes et des recherches comparatives. En 1958, Denise Paulme est élue Directeur d'études à l'EHESS où elle devient ma collègue et contribue au développement du Centre d'études africaines, et à la vie des Cahiers d'Etudes Africaines créés en 1960. Elle initie et impose le devoir de rigueur à plusieurs générations de jeunes africanistes.
Elle a la passion du terrain, qu'elle partage avec son mari et compagnon d'enquête, l'ethnologue et musicologue André Schaeffner. La Guinée et la Côte d'Ivoire sont leurs domaines. Denise Paulme se consacre à l'étude des « gens du riz » en Guinée maritime — les Baga, surtout connus en raison de la fascination exercée par leur art monumental — et en Guinée forestière — les Kissi, peuple d'agriculteurs. C'est avec l'ouvrage consacré à ceux-ci que la pratique de la monographie ethnique est renouvelée (Les gens du riz, Kissi de Haute-Guinée française, 1954). En Côte d'Ivoire Denise Paulme s'attache à l'interprétation des transformations sociales et culturelles, au sein d'une même société (Une société de Côte d'Ivoire, hier et aujourd'hui : les Bété, 1962) et au sein de l'ensemble des peuples les plus touchés par les événements d'une longue histoire de relations extérieures, les « Lagunaires ». Dans ce pays où l'innovation religieuse a foisonné, elle déplace son attention vers l'étude des mouvements et cultes syncrétiques.
Denise Paulme a contribué à la diffusion du savoir africaniste, elle y a aussi ouvert des domaines nouveaux ou ravivés par le renouvellement des interprétations. Elle a fait d'une ethnologie au masculin une ethnologie au féminin : en dirigeant l'une des premières recherches consacrées aux femmes africaines (Femmes d'Afrique Noire, 1960). Elle a redonné une vigueur neuve aux travaux relatifs aux classes et associations d'âge (sous sa direction, Classes et associations d'âge en Afrique de l'Ouest, 1971). Elle a surtout introduit une analyse et une lecture de la littérature orale qui la tire hors des interprétations impressionnistes et des interprétations formalistes réductrices. A partir d'un large corpus, elle éclaire le « texte » par le contexte, et inversement. Deux publications majeures en ont résulté : La mère dévorante. Essai sur la morphologie des contes africains (1971) et La statue du commandeur. Essais d'anthropologie (1984). Denise Palme incarne un africanisme ouvert sur tous les aspects de la culture et affirmant le constant souci de l'écriture.Georges Balandier
Journal des Africanistes 68 (1-2) 1998 : 293-309
[ Home | Bibliothèque | Pays | Sociétés | Recherche | BlogGuinée ]
Contact :info@webforet.net
webForêt
webGuinée, Camp Boiro Memorial, webAfriqa © 1997-2010 Afriq Access & Tierno S. Bah. All rights reserved.
Fulbright-Hayes Scholar. Rockefeller Foundation Alumnus. Pioneer member, Internet Society. Smithsonian Institution Research Associate.